Sans sulfate, sans paraben, les allégations autorisées et interdites en 2020

Longtemps le débat entre les marques cosmétiques et la fédération a été animé au sujet des allégations sans, sans sulfate, sans paraben, sans…. De quel ingrédient cosmétique pouvait-on revendiquer l’absence sans passer pour mensonger ou trompeur ? La DGCCRF et l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du médicament), les autorités françaises en charge du contrôle de la publicité et des allégations, ont précisé le cadre pour les produits cosmétiques. L’objectif étant de protéger le consommateur et de lui délivrer une information loyale et transparente au travers de l’étiquetage et de la communication produit.

sans sulfate, sans paraben

Une clarification sur les mentions « sans » qui pointent du doigt les ingrédients cosmétiques controversés : sans paraben, sans phtalate….

Face à des consommateurs de plus en plus exigeants en termes de transparence sur la composition des produits cosmétiques, la réglementation européenne a évolué en 2019. Depuis avril 2020, le champ des possibles est désormais précisé pour la France pour les fabricants et les distributeurs. Sans amalgame, avant tout. Ainsi, les parabens sont une grande famille de conservateurs. Ceux présentant des risques ont été interdits. L’allégation « sans paraben »  les englobe tous et est jugée dénigrante et trompeuse par les autorités. Idem pour les fixateurs que sont les phtalates dont certains sont également interdits.  

Les allégations vegan, non testé sur animaux, sans sulfate…

La philosophie qui régit l’autorisation des mentions, logos, est l’avantage compétitif substanciel. Ainsi, les marques qui apposent sur leur packaging ou dans leur communication (site web, réseaux sociaux, brochure) la mention non testé sur les animaux laissent penser que d’autres produits vendus en France ou en Europe le sont. Alors que cela est interdit depuis 2013. Il en va de même pour les allégations sans suivies d’une substance interdite (hydroquinone, corticostéroïdes…) A l’inverse, les marques peuvent se prévaloir d’avantages non détectables par le biais de la liste d’ingrédients comme vegan ou « sans ingrédients d’origine animale ». Des avantages qui permettent de répondre à un mode vie ou à des convictions (vegan, hallal..). Ou encore la volonté d’écarter des ingrédients du fait de problèmes de santé particuliers comme les allergies, la peau sensibilisée par des traitements, des accidents ou des interventions chirurgicales. Sont ainsi autorisées les mentions « sans alcool », « sans parfum », sans OGM, sans conservateurs, sans huiles minérales dérivées de la pétrochimie, sans savon.

allegation accepetee cosmétique

Plus flou : certaines mentions font référence à des innovations technologiques « sans sulfate » pour les produits nettoyants que sont les shampooings ou les gels, ou encore « sans acétone » pour les vernis à ongles. Celles-ci plus ambigües, sont autorisées car elles soulignent des formules plus douces pour les cheveux ou les ongles.
Enfin,  la mention « sans perturbateur endocrinien » est interdite car elle ne peut pas être vérifiée. Il n’existe à ce jour aucune liste exhaustive des perturbateurs endocriniens, ni aucun test permettant de vérifier l’absence total de cet effet dans l’usage de cosmétiques. Plus de détail sur le site du gouvernement/dgccrf

Sachant que les jeunes marques cosmétiques ont très tôt choisi le terrain de la clean beauty face aux marques patrimoniales et aux groupes évoluant sur ce terrain glissant comme des mamouths. Car il est plus facile, plus rapide de partir d’une feuille blanche que de revoir la totalité des formules pour satisfaire les nouvelles demandes des consommateurs et consommatrices. En particulier, pour les marques historiques disposant de nombreuses références qui ont rencontré leur public. De plus, il est difficile pour les grands groupes cosmétiques de pointer un ingrédient cosmétique controversé pour les faveurs d’une marque, quand les autres marques du groupe continuent à l’exploiter dans leurs formules.

Allégation : Fin du sans paraben, sans en cosmétique & apogée des labels

Avec la fin de l’allégation sans paraben, sans sulfate, sans…, les marques de cosmétiques green, clean beauty vont devoir changer leur packaging et leur communication. Pour répondre aux nouvelles contraintes juridiques. En effet, à compter du 1er juillet 2019, la nouvelle réglementation européenne sur les cosmétiques encadre de façon très précise les revendications sans. Pour davantage de transparence. Et coller aussi aux attentes des consommateurs qui recherchent des ingrédients respectueux de la planète. Sur les réseaux sociaux, les hashtags #cleancosmetics #greenbeauty et #transparence sont parmi les plus utilisés sur cette thématique. Décodage

cosmetiques sans

La fin du sans paraben, sans triclosan, sans phenoxyethanol sur les packaging ou sur les sites web

Les marques de beauté n’auront plus la possibilité dans 3 mois d’afficher sur leurs étuis, sur leurs pages produits ces mentions. Ces mentions participent activement au greenwashing. La justification avancée par Bruxelles : cela dénigre ou diabolise des ingrédients autorisés par ailleurs, ce qui prête à confusion pour les consommateurs.

sans paraben

C’est une victoire pour la FEBEA (Fédération des Entreprises de beauté). Regroupant 350 fabricants de cosmétiques et représentant 95% du chiffre d’affaires de la profession, elle a toujours souligné que ces actifs étaient autorisés en cosmétique. C’est aussi la reconnaissance de la puissance de frappe des nouvelles applications comme Yuka ou Clean beauty qui scannent les listes d’ingrédients et informent sur les actifs controversés ou soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens ou des agents irritants. Sans compter la blogosphère militante du bio qui a semé la confusion sur certains parabens. Ce sont de bons conservateurs sur lesquels on dispose d’un excellent recul, souvent moins irritants que les substances par lesquels ils ont été remplacés. Aux États-Unis ou en Corée, les marques vont jusqu’à mettre en avant toxic free. Une surenchère ridicule !

non toxic clean beauty

A contrario, les revendications sans qui « rendent service à une population » restent autorisées. Sans acétone sur les dissolvant de vernis ou les produits de coloration pour les personnes incommodées par l’odeur. Sans dérivé d’origine animale pour les personnes véganes. Enfin, sans alcool sur les produits type bains de bouche à destination des familles avec enfants. « Sans huiles essentielles » peut également avoir du sens pour les femmes enceintes car ces huiles peuvent être irritantes.

Disparition également de la mention hypoallergénique jugée trop floue

Cette allégation hypoallergénique justifiée par des tests cliniques a quelquefois été mal interprétée. Elle ne garantit  pas l’absence de risque d’allergie ou d’intolérance. Aussi va-t-elle disparaitre pour éviter toute confusion.

L’apogée des labels bio ou vegan comme caution

Jusqu’à aujourd’hui de nombreuses marques indépendantes revendiquent sur leur packaging et dans leur communication ces allégations sans paraben, sans sulfate (en anglais paraben free, sulfate free )…. Telles Centifolia,  Kure Bazaar et bien d’autres marques, y compris en pharmacie .

cosmetique centifolia

Ces mentions ne nécessitant pas de test sont gratuites à la différence des labels vegan et bio qui coûtent relativement cher. Des labels qui ne sont donc pas accessibles à toutes les marques. Pour autant, face au flou de ces revendications, ils jouent un immense rôle de caution et de transparence. À compter du 1er juillet, ils vont devenir un must-have. Découvrir les explications autour de ces labels dans cet article du blog. Par ailleurs,  je vous recommande la lecture du prochain magazine Elle. Il démêle le vrai du faux sur le green en cosmétique 

Contre-attaque des marques conventionnelles en communication : groupe L’Oréal, Guerlain

Pour mieux se défendre, les groupes cosmétiques ou marques conventionnelles créent leur propre site dédié à la communication au sujet de leur choix d’ingrédients. Ainsi, le groupe L’Oréal a ouvert la plateforme Inside our product et y livre un glossaire des actifs utilisés par ses laboratoires. De son côté, Guerlain communique avec sa plateforme bee respect sur la traçabilité de ses produits, les coulisses de ses créations, ingrédients, lieux de fabrication… Elle est accessible via le site de la maison Guerlain ou via un QR code pour chaque référence. Dans la conception de ses nouveaux produits, la maison de parfumerie se veut éco-responsable et vise le 100% durable et la transparence.

Guerlain transparence

Transparence et engagement sur le développement durable sont au coeur de ces démarches. Mais c’est également une façon de ne pas laisser le monopole aux applications indépendantes comme Clean Beauty ou Yuka sur le parcours client.