Chine & Japon, décodage croisé culture et sociologie par Martine Le Herpeur

Vendredi dernier, Martine Le Herpeur, grande prêtresse des tendances, organisait une conférence passionnante autour des influences croisées de la Chine et du Japon. Analyse fine des cultures et sociologies comparées émaillée d’expériences et d’anecdotes qu’elle a partagées avec nous. Des clés pour mieux comprendre ces 2 pays aux liens historiques mais aux différences si extrêmes. Des pays clés dans l’univers beauté, la Chine étant le marché en plus forte progression, le Japon étant le plus sophistiqué avec le panier d’achat le plus élevé au monde et toujours source d’initiatives innovantes (voir mon dernier post sur Shiseido Ultimune, ou le premier soin qui booste le système immunitaire cutané).

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Des contrastes géographiques et historiques sous-tendent la culture et la sociologie de la Chine et du Japon.

L’Empire du Milieu, se considérant comme le centre de la civilisation et par extension le centre du monde, est un espace sans limite tandis que le Pays du Soleil Levant qui en tire sa fierté (force Nihon, lieu d’origine du soleil) s’est construit sur une insularité exigüe, 6852 îles le composent. La fleur emblématique de la Chine est la pivoine luxuriante, synonyme de richesse, celle du Japon est le chrysanthème qui s’orne de 16 précieux pétales, c’est la fleur sacrée de l’empereur. A la profusion chinoise, à l’apparence d’un désordre permanent, s’oppose dans l’iconographie comme dans la société la précision extrême japonaise, voire le dépouillement que l’on retrouve dans le design et la mode. L’organisation de la société est diamétralement opposée, la société chinoise est horizontale depuis la Révolution Culturelle, le statut est donné par l’argent et le travail. La société nippone est toujours verticale, un héritage du Moyen Age. 90%% de la société est composée de la classe moyenne, l’ordre et la hiérarchie, l’héritage des ancêtres prédominent, le langage est codifié, le Japon est encore aujourd’hui un pays de castes, fait d’obligations.
Concernant l‘image du luxe au Japon, deux courants dominent historiquement, le luxe dépouillé du XVème sicle, le luxe des samouraïs, l’esthétique des arts martiaux, la purification du luxe versus le luxe des marchands à la fin de la période Edo au XVIIIème siècle qui s’oppose au faste de la cour japonaise, un luxe discret, caché – la gamme des 60 bruns et des 40 gris. Tous deux ont construit l’esthétique japonaise. L’argent ne représente pas les mêmes valeurs entre la Chine et le Japon. Il est roi en Chine, porteur de statut social, source de corruption. En revanche, au Japon, l’argent n’est pas une valeur en soi, ni ostentatoire, il est fluide et permet de se situer dans la hiérarchie sociale. Le Japon représente encore aujourd’hui 9% du marché du luxe, devant la Chine. On oppose le luxe de l’immédiat en Chine au luxe de l’éternité au Japon, il se situe davantage dans les objets précieux autour de  cérémonials comme la cérémonie du thé, dans l’artisanat d’art que dans les vêtements. Le Japon qui affiche une croissance de 2% cette année (source Bain) représente aujourd’hui encore 9% de la consommation du luxe, devant la Chine (en recul conjoncturel). Le Bon Marché a organisé en septembre-octobre une exposition Japon rive gauche mettant en avant toute l’esthétique japonaise au travers de la mode, de l’artisanat et de l’architecture avec un focus sur Tadao Ando et l’île de Naoshima, une merveille d’architecture. Cette exposition, je l’ai partagée avec vous dans cet article du blog, le Bon Marché à l’heure du Japon, shopping et culture . Voir également ce film.

Au final, un jeu de miroirs passionnant  entre Chine et Japon avec une accélération marquée en Chine où les jeunes générations revoient leurs codes de consommation, certains étant davantage à la recherche de marques chinoises (comme la fashion designer Ma Ke avec ses labels Exception et Wuyong) et du designed by China ainsi que de marques plus discrètes comme Hermès ou Marni. Hermès ne s’y est d’ailleurs pas trompé en investissant dans la marque chinoise haut de gamme Shang Xia – prêt-à-porter, mobilier et arts de la table s’inspirant de l’artisanat traditionnel chinois- et son nouveau flagship de 3 étages à Shangai. Une marque à découvrir rue de Sèvres, quasiment en face du magasin Hermès, pour ses matières laine, cachemire sublimes.

Flagship de la marque chinoise Shang Xia à Shangai, confié à l'architecte japonais Kengo Kuma

Flagship de la marque chinoise Shang Xia à Shangai, confié à l’architecte japonais Kengo Kuma

Une réflexion sur “Chine & Japon, décodage croisé culture et sociologie par Martine Le Herpeur

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